Personne n’a pu passer à côté de l’actu récente qui concernait la mort d’un enfant de neuf ans dans l’Yonne des suites d’un arrêt cardiaque lors d’un cours de sport (cf. ici pour les retardataires : )
Derrière ce fait tragique, voyons-là une nouvelle occasion de démarrer le débat sur la pertinence des cours de sport à l’école.
Voici quelques uns des points positifs de la présence du sport à l’école :
Parlons tout d’abord des objectifs « moteurs » poursuivis dès le plus jeune âge, qui rendent ces heures d’EPS si importantes : amélioration de la motricité, coordination des membres
inférieurs et supérieurs, latéralité. Autant dire que cette cible est primordiale pour que l’enfant se sente bien dans son corps et qu’il sache gérer ses efforts.
Le sport à l’école permet aussi de renforcer l’apprentissage du travail en à plusieurs : cela lui montre en équipe que chaque élément compte quelque soit son niveau. Bien
sûr cela n’est que théorique et la légendaire « méchanceté » des enfants entre eux limite les échanges. Cela dit, les enfants apprennent ainsi le partage et l’altruisme du jeu en
équipe, ce qui n’est pas rien car ce sont les bases d’une vie correcte en société.
Pensons également aux enfants ne pratiquant pas de sport à l’extérieur. Ces petites heures sont symboliques compte tenu de la nécessité du sport à cet âge. C’est déjà mieux que
rien, non ?
Enfin, n’oublions pas que cela peut développer des vocations à pratiquer plus régulièrement un sport inconnu au départ. Les USEP qui font le lien entre éducation et sport, en sont un très bon exemple.
Vous l’aurez donc compris, l’éducation physique à l’école est une matière indispensable.
Les objectifs sont non seulement du domaine sportif – ce qui constitue le but premier - mais aussi socio-éducatifs car cela apprend aux enfants des notions indispensables dans la vie quotidienne
mais aussi au travail.
Hélas, bien que pourvue de nombreuses qualités, cette discipline souffre néanmoins de
nombreux défauts. Ceux-ci sont imputables au programme scolaire mais pas seulement. D’autres causes sont à souligner et nous allons faire le tour des défauts que l’on peut constater.
Tout d’abord, on peut constater que le système de notation n’est pas adapté aux différences que l’on peut voir dans un panel d’élèves lambda. Les enfants étant tous différents, leurs performances
sont variables et malheureusement le système de notation n’en tient pas compte. Celui-ci pénalise les enfants peu « doués » dans telle ou telle discipline.
Prenons deux cas : le premier, celui de l’endurance à la course à pied. Selon la capacité pulmonaire de chaque enfant, selon leurs capacités physiques propres, certains vont commencer à se
sentir exténués très tôt, tandis que d’autres poursuivront sans sentir de fatigue particulière. Cela se voit surtout dans le cas d’enfants pratiquant un sport à l’extérieur. Comment noter alors
que personne ne joue à arme égale ?
Deuxième cas, en ce qui concerne l’athlétisme : vous prenez deux enfants qui ne disposent pas de la même force et de la même taille. Les performances en saut et lancer de
poids, par exemple, ne seront pas identiques malgré tous les efforts faits par celui moins « avantagé ».
La notation ne devrait donc prendre en compte que des critères d’application de consignes et non de performances, endurance ou force physique. Cela induit d’autant plus d’inégalités que le classe
est hétérogène.
Les effets secondaires sont encore plus néfastes. Les enfants peu performants sont régulièrement la cible de moqueries et mépris par les plus avantagés. J’ai pu constater de manière empirique
hélas le fait que les enfants «faibles » physiquement étaient les plus brimés par leurs camarades. Cela peut avoir des conséquences très graves (cf. ici : 1)
Rajoutons à cela que les sports sont parfois assez ésotériques et trop nombreux. Rien que dans ma jeunesse, j’ai pu effectuer les sports suivants au collège et au lycée : course à pied (sous
toutes ses formes), saut en hauteur/longueur, lancer de javelot, poids, football, handball, basket, rugby, natation, tennis (et tennis de table), badminton, gymnastique, judo, lutte, baseball,
cyclisme, etc. Et encore, je suis presque sûr d’en avoir oublié !
D’aucuns me diront que cela m’aura initié à un peu tout mais autant vous dire que certains n’ont été que survolés et je n’en ai rien retenu. J’aime l’éclectisme2 mais revenir à un
panel réduit ne serait pas une mauvaise idée : réduire la quantité améliorerait nettement la qualité de la pratique de certains sports.
Enfin (et c’est un point de vue vraiment personnel cette fois-ci), le sport est devenu un véritable reflet des mauvaises pratiques de notre
société. Il est quasiment impossible d’échapper à toute forme de compétition. Alors que parfois la pratique d’un sport devrait constituer un loisir, la compétition à l’école m’a toujours laissé
interloqué même si la nature des enfants les pousse à se mesurer.
On peut donc conclure, à l’issue de cet examen, que le sport à l’école est une nécessité pour un grand nombre de raisons que nous venons d’exposer. Néanmoins, cette discipline devrait être
rénovée pour plus d’impartialité et de pertinence dans la notation.
Des pistes sont également à suivre pour trouver un compromis entre les enfants sportifs par nature et ceux moins enclins à l’effort physique : scinder les classes en plusieurs groupes
classés par aptitude peut constituer l’une des solutions nécessaires à une meilleure application du programme et à une meilleure réception de l’enseignement par les élèves.
Certains professeurs ont déjà appliqué cette méthode, avec plus ou moins de succès. Quelques points sont encore à revoir, par exemple en mettant dans chaque groupe un bon élément qui motiverait
les autres élèves. En bref, il y a beaucoup de solutions d’amélioration à envisager.
1 : cela mène par extension à des conséquences très graves : décrochage scolaire, dépression pouvant aller jusqu’au suicide.
2 : petit clin d’œil aux Nuls. Ceux qui savent comprendront.